Lettres Mobiles par Anton Moglia |
Écrire sur des murs qui s’écroulent
Alors que le peuple gronde et que les puissants frissonnent, je repense à cet été. On suffoquait sous une chaleur écrasante, et j’apprenais la capitale romaine avec mon ami calligraphe Philippe Dabasse. Ça faisait longtemps que j'avais envie de m’y coller pour de bon, et d'apprendre cette écriture monumentale. C’était un peu comme apprendre la musique classique pour un groupie de Queen. Bref, j'y repense parce qu'à ce moment-là, c'était la page blanche et je cherchais désespérément une jolie phrase à écrire au pinceau...
Et bam ! Vlatipa que j’tombe sur une gravure de Pompéi, en latin et tout, à l'ancienne... parfait. Et la gravure est étonnante.
Voici un relevé : « Admiror, o paries, te non cecidisse ruinis, qui tot scriptorum taedia sustineas. »
On peut le traduire par :
« Je t'admire, cher mur, de ne pas t’effondrer sous le poids de nos écritures. »
C'est dingue, non ? Une boutade antique, gravée sur le mur d'une ville rasée par un volcan.
Et nous voilà, en 2026, deux mille ans plus tard. On croule littéralement sous les écritures, le texte est partout, produit et généré en abondance. Même dans l'édition, on se demande si des écrivains utilisent des machines... ou si des machines utilisent des écrivains !